Mclean

MCLEAN est née pendant l’âge du trillium vert dans une mine abandonnée à Sudbury, un village à l’extérieur du Québec. La mine, vacante depuis qu’un gouffre néant s’ouvrit jusqu’aux chaleurs de l’enfer, servait de domicile pour le jeune fils et son père. Ils étaient bien installés avec des lampes, des sofas et un tapis persan d’un rouge profond et hypnotisant. Parfois, le père s’absentait pour de longues périodes mais il revenait toujours avec des provisions et des objets précieux comme un jeu de couteaux, une tondeuse ou une boîte en bambou sèche remplie de rayonnement de soleil. Il répétait toujours le même avertissement avant de partir: “Sort pas d’ton trou, même sj’sus partis un boute. La Brigade Dissette va nous finir s’y nous trouve.” Mais le père revenait toujours, jusqu’au jour où il ne revint pas.

L’enfant précoce attendit son père sur le tapis persan, en flattant ça surface comme celle d’un animal empaillé. Les jours tombèrent en succession dans le gouffre néant. Il crut un jour devenir aveugle, mais c’était en réalité les lumières en obsolescence contrôlée qui s’éteignaient. Il développa une ouïe très sensible dans cette noirceur complète, seul avec son battement de coeur. Dans les corridors rocheux, il se guidait en écoutant les voix fantômes des mineurs. Il apprit à parler à ces fantômes qui racontaient l’histoire de ses ancêtres, comme Joe Montferrand et Tim Hortons. Les histoires étaient drôles, même si elles avaient le sens tragique de Molière. Il apprit aussi le but de la vie: “Il faut rire fiston, parce que c’est pas marrant se doubler pour du pognon”. Une bonne fois les voix le guidèrent à une pièce isolée où la même chanson se recyclait en perpétuité. L’enfant commença à l’imiter en chantant:
 

“Je reviendrai à Sudbury
Dans une coulée de slague Mahler
J’ai besoin de revoir l’hiver
Et les filles en bikini.”

Ceci lui donna finalement le courage de sortir de la mine abandonnée et il ressentit les premières chaleurs du soleil sous un nuage chimique. La grande cheminée était belle et ironique et il suivit la trainée de fumée vers le sud. Il passa son adolescence dans l’institut psychiatrique McLean, non comme patient, mais comme l’assistant du jardinier André Paiement. Là, il devint grand ami avec la poète Sylvia Plath, le mathématicien John Nash et le musicien James Taylor qui lui donna sa première guitare. Il avait le don de la chanson et il apprit à composer des airs élyséens, hantés, n’avant jamais oubliés les murmures fantômes de son enfance. Il ne serait pas le premier à l’admettre, mais il reste convaincu de n’avoir jamais rien créé, d’avoir simplement tendu l’oreille vers ces conversations imaginaires. Elles y sont toujours, pour ceux qui veulent écouter.